Aram Djabourian : « Il est temps d’investir pour créer des emplois locaux »

[14 octobre 2026]

Chaque année, de nombreux entrepreneurs contribuent à la grande campagne de solidarité du Phonéthon. Parmi eux figure Aram Djabourian, natif de Saint-Chamond (Loire) et fidèle des actions du Fonds, qui a financé l’année dernière la rénovation de 100 mètres du canal de Spandaryan. À la tête de plusieurs affaires prospères, cet entrepreneur chevronné s’est récemment lancé dans une nouvelle aventure en créant le Domaine Djabourian, un vignoble familial, en Arménie, dans le Vayots Dzor.

Portrait d’Aram Djabourian, souriant, en polo bleu
© D.R.

Parlez-nous de votre rapport à l’arménité et à l’Arménie…

Aram Djabourian : J’ai grandi dans une famille nombreuse, avec beaucoup de frères et sœurs, de cousins et nous avons tous été élevés dans l’arménité. Ma relation avec l’Arménie s’est véritablement développée après le tremblement de terre. Avant, j’étais plutôt réticent à mettre les pieds en Arménie soviétique. Mes frères y sont allés bien avant moi, en 1976. À partir de 1988, notre famille a participé à de nombreuses œuvres de bienfaisance, que ce soit en Arménie ou en Artsakh : nous avons financé la construction d’écoles, d’orphelinats et pris différentes autres initiatives. Il y a quelques années, nous avons également créé un fonds de dotation en France portant le nom de mes parents, Minas et Mercédès, afin de venir en aide aux personnes défavorisées. Nous avons d’ailleurs une parente en Arménie, Sœur Arousiag1, que nous avons beaucoup soutenue. Récemment, nous avons financé une extension de son établissement à Gumri.

Quelles sont les grandes lignes de votre parcours professionnel ?

A. D. : Mon parcours a commencé par la création d’une chaîne de magasins, Tissus des Ursules, spécialisée dans le tissu, la mercerie et la confection sur mesure. Elle compte aujourd’hui 75 magasins dans toute la France. Je l’ai revendue il y a quelques années. En parallèle, il y a vingt ans, j’ai fondé Sofinvest, une société immobilière et foncière spécialisée dans la création d’espaces commerciaux, l’investissement et la gestion. J’y suis toujours très impliqué, aux côtés de mes enfants et de mes collaborateurs.

Comment est né le projet du Domaine Djabourian ?

A. D. : L’idée a commencé à germer après la révolution de 2018. Avec mon frère, nous nous sommes dit qu’après tant d’années passées à faire de l’humanitaire, il était temps d’investir pour créer des emplois locaux. Nous nous sommes lancés dans le vin, notamment parce que ma nièce Anahide Djabourian, qui vit à Erevan, faisait à l’époque des études d’œnologie à l’EVN Wine Academy. Nous avons acheté une douzaine d’hectares dans le village d’Aghavnadzor et nous avons fait construire un chai, qui est entièrement équipé avec du matériel à la fois arménien et étranger. C’est Anahide qui est entièrement chargée de la gestion du domaine. Elle est épaulée par un œnologue et un vigneron français qui viennent tous les mois partager leur expertise et leur savoir-faire avec nos salariés. Actuellement, nous avons une dizaine d’employés. Bien évidemment, cet investissement ne génère pas de gros bénéfices : l’objectif est de faire travailler les villageois pour éviter qu’ils n’émigrent en Russie ou ailleurs. Nos vins se vendent principalement sur Internet, mais ils sont aussi présents un peu partout en Arménie, et notamment à Erevan où ils commencent à être assez connus. En France aussi, notre domaine se fait connaître par le bouche-à-oreille dans les restaurants de notre région. Notre cuvée de blanc 2023 a même remporté la médaille d’argent au Concours International de Lyon.

Depuis quand soutenez-vous l’action du Fonds Arménien de France ?

A. D. : Depuis sa création. Les actions menées par le Fonds sont remarquables et, selon moi, de plus en plus efficaces. Tous les projets sont menés avec une grande rigueur. Le Fonds est une organisation très importante qu’il faut soutenir pour que son action se développe et perdure dans le temps.

Pourquoi avoir participé au financement de la rénovation du canal de Spandaryan ?

A. D. : La rénovation du canal va permettre d’irriguer les terres de nombreux petits agriculteurs. C’est une artère importante pour que l’agriculture puisse se développer. Le problème de l’eau en Arménie, c’est qu’on en a beaucoup, mais qu’on ne sait pas la distribuer ! Dans notre village d’Aghavnadzor, nous avons aussi un canal d’irrigation, mais il est en très mauvais état. Tout le monde voudrait s’en servir, mais personne n’est prêt à mettre la main à la poche. Quand Bédros Terzian m’a présenté le projet du canal de Spandaryan, j’ai dit : « Très bien, on prend 100 mètres ! » C’est une très bonne idée d’avoir axé la campagne sur le prix au mètre2, car cela rend le projet extrêmement concret.

Plus d’infos sur : www.domainedjabourian.com

1. Mère supérieure de la congrégation arménienne catholique des Sœurs de l’Immaculée Conception et fondatrice du Foyer éducatif Notre-Dame d’Arménie de Gumri.

2. Le coût de la rénovation d’un mètre linéaire du canal de Spandaryan est évalué à 200 euros.

Propos recueillis par Achod Papasian


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