Un an après le lancement de son projet de développement de l’apiculture, le Fonds Arménien de France a conduit, en avril dernier, une mission d’évaluation auprès de 25 apiculteurs (sur 50) bénéficiaires, répartis dans sept communes du Syunik. Objectif : leur apporter un accompagnement technique en évaluant l’état de leurs colonies et en les conseillant face aux principales difficultés.
À la tête de cette mission, Michel Tardieu, expert français de l’association Apiflordev, que nous avons rencontré chez Martin Martirosyan, producteur d’essaims, où ont hiverné les ruches de cinq apicultrices bénéficiaires du programme.
Dans le village de Syunik, non loin de Kapan, Martin Martirosyan pratique l'apiculture depuis son plus jeune âge. Un métier qu'il tient de son père, qui le tient de son père... S'il soigne ses ruches et en récolte le miel comme tout bon apiculteur, il s'est avant tout forgé une solide réputation de "faiseur de reines"… Car chez les abeilles, on ne naît pas reine mais on le devient, grâce au labeur incessant et au nutriment exclusivement réservé — la fameuse gelée royale — que lui fournissent les ouvrières, alors qu'elle n'en est encore qu'au stade larvaire. Martin sélectionne soigneusement les cellules royales, les isole au sein de colonies orphelines — une seule reine par ruche — et l'élevage commence, garant de la production d'un nouvel essaim qui se développera naturelle ment tant que règnera Son Altesse, cinq ans tout au plus. Martin fait partie de ces producteurs sélectionnés l'an dernier par le Fonds Arménien de France pour la fourniture et le lancement de sa campagne apicole en faveur de 50 familles déplacées d'Artsakh.
Dans son rucher, il reçoit ce matin Michel Tardieu, expert apicole français auprès de l'association Apiflordev, mandatée pour accompagner ces nouveaux apiculteurs. Après avoir animé une formation apicole de haut niveau à Erevan à laquelle assistait l'équipe d'HimnaTavush, l'opérateur local du Fonds, il est venu se rendre compte sur le terrain du bon état sanitaire des essaims livrés l'an passé aux bénéficiaires. De nouvelles colonies seront de même réattribuées cette année à ceux dont le travail et les résultats ont été les plus encourageants, ainsi qu'à de nouvelles familles volontaires.
Il est accompagné de Raffi Hekimyan, chargé de projets au Fonds Arménien de France, de Nersès Shadunts, en charge de la filière apicole au sein d'HimnaTavush, et d'une déléguée du Comité International de la Croix-Rouge, soutien initial du projet à hauteur de 15 000 francs suisses (16 250 euros), reconduits pour son développement. Cinq apicultrices des villages voisins les ont rejoints. Débutantes, elles ont hiverné leurs ruches avec celles de Martin pour profiter de ses conseils lorsqu'elles viennent s'en occuper. « 40 % de nos apiculteurs sont des femmes », sou ligne Nersès Shadunts.
Revêtus de leur voile et de leur tenue de protection, les membres de la petite délé gation inspectent les ruches les unes après les autres. Michel en extrait délicatement les cadres sur lesquels sont agglutinées les abeilles. Il les retourne, cherche la reine ; celles de l'an dernier sont marquées de bleu, les nouvelles de blanc, un code international à 5 couleurs permettant de connaître leur âge. Il examine le couvain, s'assure de son bon développement, et avant de replacer les cadres, il en griffe les alvéoles supérieures pour faire couler le miel et stimuler la colonie. « Les ruches sont belles », approuve l'expert en les refermant.

Alors qu'il s'enquiert de leur traitement phytosanitaire, Martin lui présente, dans une bouteille en plastique, une solution à base de sucre et d'acide oxalique, très efficace contre le varroa, un acarien tueur d'abeilles. D'une pression, il en fait gicler le contenu sur les cadres. Michel le met en garde contre cette technique aléatoire, lui recommandant plutôt l'usage d'une seringue graduée, facile à se procurer dans une pharmacie de village. Il vérifie également les produits, échantillons en main, en lui conseillant leur bon usage.
Pour conclure la visite, les observations de chacune des apicultrices sont soigneuse ment notées par Nersès Shadunts : nombre de ruches, pertes, traitements appliqués, pratique de la transhumance pendant la miellée, etc. Les préconisations de Michel Tardieu seront les mêmes que pour les autres apiculteurs visités durant la semaine : avancer les dates de récolte afin d'optimiser les soins contre le varroa, appliquer des mesures prophylactiques, veiller au bon nourrissement des colonies pour permettre un bon hivernage… Et suivre les conseils prodigués lors des sessions d’accompagnement mises en place par le Fonds.
