Rencontre avec deux émissaires de la Chambre régionale d'agriculture Auvergne-Rhône-Alpes
[23 septembre 2026] - Propos recueillis par Achod Papasian

Comment la coopération avec le Fonds Arménien de France a-t-elle pris forme ?

Valérie Morier-Genoud (Responsable de la Coopération Internationale pour la Chambre régionale d'Agriculture Auvergne-Rhône-Alpes (CRA AuRA)): Marie-Pierre et moi avons fait une première mission sur place en novembre 2023 pour établir un diagnostic des secteurs les plus intéressants dans le cadre de la coopération entre la Région Auvergne-Rhône-Alpes et la préfecture du Syunik. En tant qu’agro économiste, je m’intéresse à toute la chaîne de valeurs : j’essaye de comprendre qui sont les acteurs et comment les faire travailler ensemble, en m’attachant tout particulièrement à l’approche territoriale. Et le hasard fait bien les choses : nous nous sommes retrouvés dans le même hôtel que Michel Pazoumian et David Alexandrian ! Cette rencontre nous a fait réaliser que nos actions avaient beaucoup de points communs. Nous avons aussitôt compris qu’il était essentiel de s’appuyer sur une équipe qui est implantée dans la région et qui connaît la culture locale. Au cours de l’année 2024, nous avons donc opéré un rapprochement qui s’est traduit, début 2025, par l’attribution de financements par la Région AuRA au Fonds pour des projets autour de l’agriculture et de l’eau dans le Syunik, puis en octobre par l’organisation d’une mission commune.

Quel est le principal défi à relever dans la filière fruitière ?

Marie-Pierre Couallier (Conseillère spécialisée en circuits de proximité à la Chambre d'agriculture du Rhône (CA 69)) : La question des débouchés commerciaux est centrale, en particulier pour le Fonds qui a mené une vaste campagne de distribution de plants d’arbres. Il est nécessaire de faire correspondre la quantité et la qualité des produits avec la demande de l’acheteur. Par exemple, un producteur de purée de fruits ne sera pas intéressé par des fruits cueillis à la main, qui sont certes très beaux, mais trop chers pour ce qu’il en fait. Ou bien, un industriel qui achète 100 kg de fruits par semaine n’ira pas se ravitailler chez cinq producteurs différents : il préférera aller chez un grossiste qui lui donnera 100 kg d’un coup. Les producteurs doivent donc connaître les besoins du marché et s’organiser en conséquence, notamment en se constituant en groupements, comme des coopératives.

Quels sont les enjeux au sein de la filière ovine ?

Valérie Morier-Genoud : Nos visites sur place ont permis de constater que l’élevage ovin se porte plutôt bien. Tout d’abord, les éleveurs n’ont aucun problème de vente : des clients du Moyen-Orient viennent directement dans les villages et achètent l’ensemble des productions qu’ils font ensuite transiter par l’Iran vers l’Irak. La géographie aussi est favorable et adaptée à ce type d’élevage. Il y a des parcours, des pâturages, des sources d’eau... Les éleveurs – notamment ceux venus d’Artsakh – ont de la pratique ; certains sont éleveurs depuis des générations. Mais comme pour la filière fruitière, il y a un manque d’appui technique, notamment pour l’optimisation des coûts de production. Nous souhaiterions mettre en place un référent dans l’équipe du Fonds afin d’assurer un suivi.

Marie-Pierre Couallier : Dans les villages où les pâturages ont été perdus à cause de la guerre, certains éleveurs souhaiteraient avoir des animaux aptes à rester en bergerie. Or, c’est justement le cas de la Blanche du Massif central, une race que le Fonds a déjà introduite dans le Syunik et le Tavush. Elle a de meilleures qualités bouchères que la race locale et, associée à de l’engraissement, permettrait d’augmenter la productivité de viande, et donc la rentabilité des éleveurs.

Parlez-nous de votre collaboration avec la banque ACBA…

Valérie Morier-Genoud : Le directeur de la Fondation ACBA, Harutyun Poghosyan, est très intéressé par notre stratégie et souhaite travailler avec nous, aussi bien sur les fruits que sur les ovins. Il serait prêt à mobiliser l’antenne locale d’ACBA pour monter la partie économique et financière des projets, tandis que nous apporterions la partie technique. Pour les ovins, nous avons par exemple proposé aux éleveurs d’acheter les moutons de race BMC au prix de la race arménienne, le différentiel du prix étant assuré par une subvention d’État, la région AuRA et ACBA (pour des formations). Dans ces conditions, tous les éleveurs étaient déjà prêts à investir !

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