C’est un nouveau rendez-vous culturel en Arménie et une initiative ambitieuse qui aspire à faire dialoguer le monde arménien et francophone par le spectacle vivant : la première édition du Festival international francophone des arts de la scène « Théâtrons » s’est déroulée en automne 2025 à Erevan, Kapan, Goris et Gavar. Axé sur trois grands volets – danse/performance, dramaturgie et impact social – l’événement a réuni plus de 4 000 personnes. Une seconde édition aura lieu cette année du 14 au 28 septembre prochain.
Si « Théâtrons » a vu le jour, c’est grâce à tous les projets menés en amont par la compagnie Saté-Âtre. Fondée à Vienne par Saté Khachatryan et Edgar Manoukian, la compagnie fait la promotion de la culture arménienne en France – sans se limiter au cadre de la communauté – et du théâtre contemporain francophone en Arménie. Ces trois dernières années, différents types de projets ont ainsi foi sonné : mise en scène de la pièce « Le Fils » de Florian Zeller à Vanadzor, collaboration avec le célèbre chorégraphe Mourad Merzouki dans le cadre de la création en France de « La Couleur de la grenade », un spectacle dédié au centenaire de Sergueï Paradjanov et de la création de « Kotchar 360° », une performance hybride inspirée de l’œuvre d’Ervand Kotchar à la Galerie nationale d’Arménie, et mise en scène de « Manouchian : cet après-midi à 15h00 », un spectacle consacré au groupe de l’Affiche rouge. Ces réalisations ont permis à la compagnie de tisser un réseau de partenaires institutionnels et d’artistes de renom.
Car pour faire de l’Arménie un nouveau carrefour des arts de la scène, le festival a entrepris de mobiliser des « têtes d’affiche » : les chorégraphes de renommée mondiale Mourad Merzouki, Yoann Bourgeois et Kader Attou, et les dramaturges en vogue Nathalie Fillion et Geneviève Damas. Pendant les deux semaines du festival, ces invités de prestige ont proposé au public une programmation tous azimuts composée de rencontres, de master classes, de lectures théâtralisées, et bien évidemment de spectacles de danse et de performances. Les résidences dramaturgiques ont, quant à elles, permis de faire découvrir l’univers de l’écriture contemporaine aux professionnels de la dramaturgie arménienne, une discipline qui pâtit encore du poids de l’héritage soviétique. Dans la même optique, un recueil de pièces traduites en arménien de trois dramaturges franco phones a été publié par Aleph, la première maison d’édition théâtrale d’Arménie, elle aussi fondée par Saté Khachatryan. Toutes les composantes du festival découlent d’une idée directrice : « Quand le spectateur ne peut pas aller au spectacle, c’est au spectacle d’aller au spectateur. » L’accès à la culture et à la création contemporaine, quelle que soit la situation géographique ou sociale du public, est au cœur de la démarche. Ainsi, près de la moitié des événements ont été organisés dans des villes de province comme Kapan, Goris et Gavar, tous en accès libre. A Goris, les clowns hospitaliers suisses de la compagnie La Temeraria ont fait le bonheur de 80 enfants, majoritairement issus du Centre de réhabilitation infantile. Et au Centre d’hématologie Yolyan d’Erevan, ils ont animé plusieurs chambres d’enfants atteints de cancer, apportant un moment de joie dans un cadre profondément sensible. Pour sa seconde édition, le festival prévoit de consacrer un spectacle de danse au thème de la maladie d’Alzheimer, dans le cadre d’une possible coopération avec le ministère de la Santé.
Car pour Saté Khachatryan, la collaboration avec les institutions publiques arméniennes est essentielle. « Je ne fais pas partie de ceux qui passent leur temps à se plaindre ou à critiquer les institutions », confie Saté. « Je préfère aller à leur rencontre et leur proposer des projets, en prenant le temps d’en expliquer le sens, les enjeux et les objectifs. Le dialogue et la force de proposition me semblent essentiels : sans cela, il est trop simple de se contenter de reproches. » C’est ainsi que la première édition du festival a pu être parrainée par le ministère des Affaires étrangères, qui a vite compris la portée politique de cette initiative franco- arménienne. La seconde édition du festival est d'ores et déjà prévue. Elle aura lieu du 14 au 28 septembre 2026 avec une programmation tout aussi prometteuse.
