L'équipe du Syunik : entretien avec Arthur Mirzoyan, coordinateur dans la continuité
[25 août 2026] - Propos recueillis par Achod Papasian

Depuis la guerre de 2020 en Artsakh, le Fonds Arménien de France a intensifié son programme de développement agro-pastoral avec la création d’une antenne dans la région du Syunik. Son tout premier membre, Arthur Mirzoyan, a commencé à travailler comme bénévole, avant de s’affirmer comme un pilier de l’équipe régionale. Depuis 2021, il est char gé de la coordination des projets, de la sélection et de la formation des bénéficiaires. Il gère aussi la distribution de semis, de plants d’arbres, de ruches, de serres et de matériel agricole.

Pouvez-vous nous présenter votre parcours et com ment vous avez été amené à travailler pour le Fonds ?

Arthur Mirzoyan : Je suis originaire du village frontalier de Vaghatur. Depuis toujours, je fais de l’élevage et du maraîchage. Avant mon service militaire, j’ai obtenu ma licence d’histoire à l’université d’État de Goris. En 2020, j’ai participé à la guerre en Artsakh, où j’ai été blessé au combat. Pendant ma convalescence, j’ai entendu dire que le Fonds Arménien de France distribuait des plants d’arbres aux blessés de guerre et c’est quand je suis allé récupérer les miens dans mon village que j’ai fait connaissance avec les membres de l’équipe. J’ai commencé à les aider bénévolement pour les distributions et, de fil en aiguille, j’ai intégré le projet.

Quelles ont été vos premières missions ?

A. M. : Au départ, nous fournissions principalement des plants d’arbres, mais aussi des poussins et des ruches. Ensuite, nous avons organisé une grande distribution de 450 tonnes de semis de blé dans les villages frontaliers. Chaque famille a reçu 300 kilos. Cette année-là, la récolte fut exceptionnelle, ce qui a encouragé les villageois à continuer les années suivantes. Il faut dire qu’avant cela, certains villageois n’avaient pas cultivé leurs terres depuis vingt ans. Cette opération a vraiment stimulé la culture des terres dans cette région du sud de l'Arménie.

Collecter les informations afin de sélectionner les futurs bénéficiaires.
Collecter les informations afin de sélectionner les futurs bénéficiaires.

Au quotidien, quel est votre rôle au sein de l’équipe ?

A. M. : Je suis chargé de la sélection des bénéficiaires et de la collecte des informations sur le terrain. J’étudie chaque candidat en détail afin d’être sûr qu’il pourra mettre à profit le matériel qu’on lui donne, qu’il pourra développer sa terre et la transformer en source de revenus. Pour cela, nous collectons des avis différents – des villageois, des chefs de communauté, des gens de l’administration – et nous allons voir sur place. Le bénéficiaire peut nous dire tout ce qu’il veut : quand on rentre dans son potager ou sa serre, on comprend très vite beaucoup de choses ! Il n’est jamais arrivé qu’on se trompe dans le choix d’un bénéficiaire car nous sommes très rigoureux. Nous donnons la priorité aux bénéficiaires qui nous paraissent travailleurs et qui ont envie de se développer. Il y a aussi différents aspects techniques à prendre en compte : la surface cultivable doit être d’une certaine taille, être irriguée, avoir un enclos, etc.

Une fois le bénéficiaire sélectionné, comment l’accompagnez-vous dans son initiative ?

A. M. : Avant de fournir quoi que ce soit aux bénéficiaires, nous organisons des formations pour leur enseigner les meilleures pratiques. Ces formations sont assurées par des professeurs de l’Université agraire d’Erevan. Nous faisons régulièrement des visites de suivi pour vérifier comment évolue l’exploitation, mais aussi pour accompagner les villageois et leur prodiguer des conseils. La plupart de leurs questions concernent l’entretien et le soin des plants, le bon moment pour semer ou planter, quels produits utiliser, etc. Nous leur donnons aussi des conseils pour la vente. Quand je vois que certains magasins n’ont pas tel ou tel produit, je les oriente vers nos producteurs pour qu’ils puissent se fournir chez eux. Il arrive également que nous fournissions du matériel à nos bénéficiaires les plus actifs, afin de les encourager, comme des motobineuses et des pulvérisateurs.

Distribuer mais aussi accompagner les agriculteurs afin qu’ils mettent à profit les aides reçues. Ici des griffes d’asperges.
Distribuer mais aussi accompagner les agriculteurs afin qu’ils mettent à profit les aides reçues. Ici des griffes d’asperges.

Quelle est selon vous l’évolution la plus notable du programme ?

A. M. : Au début, l’aide que nous fournissions était essentiellement sociale. Cette étape purement sociale étant franchie, notre approche est maintenant orientée vers la professionnalisation : les plants d’arbres, les serres et le matériel agricole sont tous fournis en cofinancement, c’est-à-dire que le Fonds Arménien de France paye 80 % de la valeur du don, les 20 % restants sont à la charge du bénéficiaire. C’est à mon avis une manière très efficace de responsabiliser les bénéficiaires. L’échelle du programme a aussi chan gé. Si avant, nous donnions 10 à 15 plants par famille, ils doivent maintenant en prendre 50 au minimum. Leur terrain doit être de 1 000 m² au minimum et d’un hectare au maximum, ce qui dans ce dernier cas représente entre 450 à 500 plants d’arbre.

Ces dernières années, quelles nouveautés sont venues s’ajouter à vos actions ?

A. M. : Nous avons récemment fourni deux incubateurs à un bénéficiaire déplacé d’Artsakh, qui fait de l’élevage de cailles. Grâce à notre don, il a pu produire 6 000 cailles et compte à l’avenir en produire jusqu’à 30 000 ! Selon lui, la demande est très forte et il en vend aussi bien dans le Syunik qu’à Erevan. Encouragés par ce succès, nous avons décidé d’en fournir à d’autres bénéficiaires qui travaillaient jusque-là avec de petits incubateurs amateurs, ce qui leur permettra d’obtenir de meilleurs résultats (Voir article p.8). Pour la troisième année, nous distribuons aussi des semences de pommes de terre, notamment aux familles déplacées d’Artsakh qui ont des terrains. Nous fournissons également, en cofinancement, des griffes d’asperges, une plante à forte valeur ajoutée qui peut pousser sur des petites surfaces. En parallèle des cultures « classiques », nous encourageons nos bénéficiaires à cultiver des plantes plus rares, et donc plus demandées. L’année dernière, nous avons aussi reçu 19 béliers de race « Blanche du Massif central » qui ont été fournis, en cofinancement, à un groupement d’agriculteurs du village de Nerkin Khndzoresk. En 2022, nous avions déjà reçu 35 béliers qui, en s’accouplant avec les brebis locales, avaient permis de constituer un nouveau cheptel de moutons.

Selon vous, quel est l’impact social de l’implication du Fonds dans la région ?

A. M. : Le Fonds Arménien de France a fait un investissement très sérieux dans toute la province, et les résultats sont évidents. Si nous continuons sur ce rythme pendant encore deux ou trois ans, nous aurons des récoltes encore plus importantes. A présent, on peut dire que les villageois du Syunik n’ont plus besoin des produits de la plaine de l’Ararat. Ils consomment ce qu’ils ont planté, et ils peuvent vendre le surplus. Je vois aussi comment nos bénéficiaires transforment leurs produits, par exemple en marinades, en sauces, etc., qu’ils vendent sur le marché, ce qui représente pour eux un complément de revenus.

TOUTES LES ACTUS
APPEL AUX DONS
Merci pour votre Générosité
Grâce à vous nous pouvons agir chaque jour pour aider à la reconstruction de l’Arménie.