C’est le nouveau grand projet du Fonds Arménien de France, avec un fort impact sur l’essor agricole du Syunik. En septembre dernier, les travaux de rénovation du canal d’irrigation Spendaryan, près de Sisian, ont commencé. Construit dans les années 1940, l’ouvrage est vétuste et ne permet plus d’alimenter en eau les terres agricoles des villages de la région. Dès la fin des travaux de la première tranche, quatre villages auront un accès permanent à l’eau et pourront développer la culture de plein champ et l’élevage, revitalisant ainsi leurs communautés fragilisées.
C’est un projet au long cours, aussi long que ce canal qui retient l’eau des torrents dévalant les sommets pour la distribuer sur les hauts plateaux. Ici, l’eau est reine: du fait de son encadrement par des sommets frontaliers de 3000 mètres et plus, le Syunik est la région d’Arménie qui compte le plus de rivières et celle qui concentrerait la moitié des eaux de ruissellement du pays du fait de sa couverture neigeuse. Cette ressource est capitale pour le développement agricole de la partie nord du Syunik, véritable «grenier à céréales » de l’Arménie, après la plaine de l’Ararat. Alimenté par l’eau des rivières Sharachogh et Tsghuk, le canal de Spendaryan est un ouvrage gravitaire qui transporte l’eau sans aucun pompage depuis la prise d’alimentation à environ 2100 m d’altitude jusqu’à son exutoire terminal 200 mètres en aval. Ses berges, à l’origine en pierre sèche, ont été recouvertes d’un revêtement en ciment lors de plusieurs réparations successives. Sa rénovation revêt une signification à la fois stratégique et économique pour les villages impactés, et plus généralement pour toute la province.
C’est le préfet du Syunik qui, lors d’une réunion au ministère de l’Economie en 2021, alerte le Fonds Arménien de l’importance stratégique de la rénovation du canal de Spendaryan. En mai 2022, une mission de pré-étude est menée sur place par l’hydrologue francilien Vazken Andréassian. Avec l’équipe locale du Fonds, il parcourt pendant trois jours les 36,4 kilomètres du canal a n d’établir un état des lieux précis et d’identifier l'ampleur des travaux de rénovation. Conclusion : le canal n’est plus fonctionnel. Depuis, la situation s’est encore dégradée. En 2024, seulement 11 hectares ont été irrigués par le canal à Tsghuk et Sarnakunk, soit seulement 2,25 % des terres disponibles. A cause de la vétusté du canal et des très fortes pertes (près de 90 %), l’eau n’arrive plus jusqu’aux villages de Spendaryan et d’Angeghakot, ce dernier ayant l’activité agricole la plus dynamique de la région de Sisian, concentrant une population de 1600 habitants.

Une seconde étude, cette fois-ci socio-économique, a été menée en février dernier pour déterminer les enjeux et l’impact de la rénovation de ce canal sur les quatre villages – Tsghuk, Sarnakunk, Spendaryan et Angeghakot – concernés par les 18,7 kilomètres du premier tronçon. Cette étude a mis en évidence l’importance du canal et a montré que son état actuel limite considérablement le potentiel agricole local et freine le développement économique des exploitants. La rénovation du canal, qui n’irrigue plus que le premier village, celui de Tsghuk, contribuera au développement des quatre villages (2795 habitants), dont celui d’Angeghakot. Il y a urgence car celui-ci fait face à l’exode rural de ses jeunes et à un appauvrissement général qui limite ses capacités de production et de développement.
Les résultats de cette étude ont montré que la rénovation du canal suscitait un vif intérêt parmi les agriculteurs qui y voient une opportunité d’accroître leurs surfaces irriguées, d’améliorer leurs rendements et de diversifier leur production. En majorité, ce seront surtout les cultures de plein champ (céréales, légumes, fruits, fourrage) et l’élevage qui seront développés. Beaucoup de familles envisagent la culture de pommes de terre sur les futures terres irriguées, mais le matériel mécanique dont elles disposent reste insuffisant pour cela. Il faudra accompagner l’arrivée de l’eau par un projet ambitieux de développement agricole intégrant semences, matériel agricole, mais aussi formation. La production de fourrage est également une filière appréciée, car l’irrigation permet une amélioration notable des rendements, renforçant la pratique de l’élevage, grandement affaibli depuis la guerre de 44 jours.
Sur la base de ces études préalables, le Fonds Arménien de France va démarrer la première phase du projet de rénovation d’un montant total de 1,2 million d’euros financé par le Fonds, dont une participation du PAM* sous la forme de 300 000 dollars d’apport en ciment. La mise en œuvre du projet est assurée par le Fonds Arménien Hayastan, par le biais d’une entreprise de construction locale sélectionnée pour ses compétences dans le domaine. Cette entreprise a assuré par le passé la rénovation d’autres canaux d’irrigation en Arménie, notamment dans la plaine de l’Ararat et la région d’Aragatsotn. Ces premiers travaux devraient être achevées avant n 2026. Parallèlement, le Fonds Arménien de France s’attelle à la question du développement du réseau de canaux secondaires, pour l’essentiel en terre, complètement délabré. Aujourd’hui, le canal principal est relié aux villages par des ruisseaux de cinq à huit kilomètres de longueur, avec beaucoup de perte d’eau. Une étude va donc bientôt être réalisée pour déterminer comment maximiser l’approvisionnement des exploitations.

Sur le moyen terme (été 2026), une recherche de financements sera nécessaire a n d’assurer la phase 2 (rénovation de la section 1 - voir encadré), ce qui permettra de réduire les pertes d’eau sur le réseau reliant le canal aux quatre villages. D’ici là, le Fonds reste concentré sur son objectif de rénovation à court terme tout en gardant à l’esprit que pour garantir l’efficacité du projet, un accompagnement des exploitants sera nécessaire, notamment en matière de gestion de l’eau, d’optimisation des cultures irriguées et de coopération entre agriculteurs pour une utilisation efficace des infrastructures rénovées. En engageant les autorités publiques et en impliquant les agriculteurs, ce projet veut s’inscrire dans une dynamique de développement agricole et socio-économique durable pour toute la région. A plus long terme, la dernière section (phase 3) sera également rénovée a n d’assurer l’irrigation des villages de Shaki et d’Ishkhanasar, portant ainsi jusqu’à 2 800 ha le potentiel total des surfaces irrigables.
* Programme alimentaire mondial, l'organisme d'aide alimentaire de l'ONU.
