Notre dernier communiqué*, annonçant la réalisation d’un projet d’adduction d’eau potable pour 2 100 villageois (dont une centaine d’Artsakhtsis) de Vérishen, au Syunik, a suscité quelques interrogations. Tout en nous félicitant du travail, des donateurs demandent : comment se fait-il que, plus de trois décennies après l’indépendance, des villages manquent encore d’eau ?
Le sous-développement rural présente deux aspects. Le premier a trait au bien-être des populations. Toutes les ex-républiques soviétiques sont concernées. Ainsi, les habitants de nombreux villages se rendent encore à une source pour s’approvisionner en eau. D’autres disposent d’un point d’eau au centre du village, mais sans réseau de distribution. Seuls les plus chanceux bénéficient d’eau courante au robinet. Le second aspect est d’ordre économique et stratégique ; la situation di ère selon les républiques. En Arménie, le taux d’autosuffisance en produits alimentaires n’est que de 60 % en moyenne (il est de 25 % seulement pour le blé). En outre, 35 % des produits alimentaires – et 90 % du blé – importés proviennent d’un seul pays, la Russie. Bien qu’ils forment 30 % de la population active, les agriculteurs ne représentent que 8 % du PIB de l’Arménie. Il faut le dire : l’incurie de gouvernements successifs, la corruption qui réduisait les ressources et le bon emploi de ces ressources par l’État expliquent pour une grande part les retards accumulés.
Les choses avancent, certes. Ces dernières années, le réseau routier a été modernisé sur l’ensemble du territoire arménien. Plus de cent écoles nouvelles ont été construites et deux cents autres sont en cours. Dans l’agriculture, une croissance de 5,3 % a été enregistrée en 2025, quatre fois mieux que la moyenne mondiale de ce secteur (1,3 %). Mais beaucoup reste à faire. Ainsi, si les villes, au premier plan desquelles Erevan, affichent un essor indéniable, le « ruissellement » du progrès vers les campagnes est trop lent. Or, les villages sont les bastions avancés de la sécurité alimentaire d’un pays, de sa sécurité nationale. Leur potentiel de croissance est grand. Pour preuve : 60 % des terres cultivables d’Arménie attendent d’être irriguées. D’où l’accent mis par le Fonds sur le développement rural. Nous avançons, oui. Mais il nous faut redoubler d’efforts.
* 20 février 2026.
