L'équipe du Syunik
Nersès Shadunts, une action qui compte triple
[9 mai 2026] - Propos recueillis par Achod Papasian

Depuis la guerre de 2020 en Artsakh, le Fonds Arménien de France a intensifié son programme de développement agro-pastoral avec la création d’une antenne dans la région du Syunik. L’un des membres de l’équipe locale est Nersès Shadunts, ancien maire du village frontalier de Tegh – dont il est originaire – et ancien fonctionnaire de la préfecture du Syunik. Depuis la prise de ses fonctions en 2021, il est chargé de la mise en œuvre de trois programmes : la rénovation de maisons pour les déplacés de l’Artsakh, l’apiculture et l’accès à l’eau.

 

Famille Deplacee D'artsakh

 

Au quotidien, quel est votre rôle en tant que responsable du programme de rénovation de maisons ?

Nersès Shadunts : Avec l’équipe du Syunik, je me rends régulièrement dans les villages pour visiter des maisons que nous pourrions potentiellement rénover ou pour inspecter les travaux en cours dans les maisons déjà sélectionnées. Jusqu’à présent, nous avons rénové une quarantaine de maisons dans une dizaine de villages. Notre objectif est de fournir un logement décent aux familles déplacées d’Artsakh, qui sont pour la plu part des familles nombreuses, en s’assurant qu’elles aient une salle de bain, une cuisine, des chambres à coucher, des fenêtres en bon état. Nous rendons aussi visite à des familles pour sélectionner nos bénéficiaires et voir si elles correspondent à nos critères. Sur la base de nos études, nous discutons avec notre chef de programme, David Alexandrian, et nous prenons une décision. Pour les travaux de rénovation, nous lançons un appel d’offres auprès de plusieurs entreprises. Mon rôle est ensuite de superviser que tout soit selon les normes, de manière qualitative, pour que les bénéficiaires soient satisfaits de notre travail.

Est-ce que les familles que vous sélectionnez restent forcément dans le Syunik ?

N. S : Actuellement, il y a un phénomène de migration interne : certaines familles vont vivre dans une autre région ou à Erevan ; d’autres viennent ici et les remplacent, d’autres encore reviennent après être parties... Nous accordons beaucoup d’attention à nos bénéficiaires ; il est plus confortable pour eux de vivre ici, dans le Syunik. Je peux vous citer un exemple récent. Il y a une semaine, un Artsakhtsi qui habite dans la ville de Massis, près d’Erevan, a fait appel à nous. Il a décidé d’emménager dans le village de Tegh, dans un petit deux pièces. Quand on lui a demandé pourquoi, il a dit : « Je veux vivre ici pour avoir les montagnes d’Artsakh tous les jours devant moi. »

Comment s’articule le programme d’apiculture ?

N. S. : Quand les déplacés se sont réinstallés dans le Syunik, un grand nombre d’entre eux ont voulu se lancer dans l’apiculture. C’est une activité particulière ment propice dans les villages frontaliers, où les zones de pâturages sont souvent limitées. Grâce au financement du Fonds Arménien d'Argentine et en collabo ration avec le Comité International de la Croix-Rouge, nous avons distribué à chaque famille entre quatre et cinq ruches, des colonies ainsi que des équipements et accessoires. La Croix-Rouge finance également les formations, que je suis moi aussi depuis trois mois pour obtenir mon certificat et pour pouvoir faire le suivi et conseiller les bénéficiaires. Actuellement, les abeilles sont en phase d’hivernation et au printemps, je prévois d’être en contact quotidien avec les bénéficiaires pour les aider à développer leur activité. En dehors de ce programme, nous répondons aussi à des demandes ponctuelles. Par exemple, un villageois de Kornidzor s’est lancé dans l’élevage de volailles, plus précisément de cailles. Il a fait appel à nous et nous lui avons fourni des incubateurs. Il travaille très sérieuse ment et cela a porté ses fruits : il fournit aujourd’hui plusieurs restaurants et marchés de Goris.

Quelles sont vos actions dans le cadre de l’accès à l’eau ?

N. S. : Notre action comprend l’irrigation pour l’agriculture ainsi que l’adduction et la distribution d’eau potable dans les villages. Par exemple, quand le gouvernement a construit un nouveau quartier dans le village de Shurnukh, pour reloger les déplacés, c’est nous qui avons réalisé les travaux d'adduction d'eau sur 3 kilomètres, de la source jusqu'au réservoir des habitations. Récemment, dans le village de Lor près de Sisian, nous avons construit un nouveau canal d’irrigation d’environ 2 km. Les champs qui étaient jusque-là en friche vont pouvoir être cultivés et à cette fin, nous avons aussi distribué des plants aux villageois. Nous avons également deux bénéficiaires dans le village de Nrnadzor, près de la frontière iranienne, à qui nous avons donné des ruches. Sur place, nous avons appris qu'une coopérative venait d’être créée pour relancer la culture d'un grand verger de grenadiers, sur environ 175 hectares laissés à l'abandon. Nous avons donc construit un bassin d’eau pour que leurs arbres puissent être sauvés de la sécheresse.

Pourriez-vous nous décrire la dynamique que vous formez avec les deux autres membres de l’équipe Syunik, Lévon et Arthur ?

N. S. : L’avantage de notre équipe, c’est qu’elle connaît très bien le terrain. Grâce à nos visites régulières, chacun de nous sait à quels problèmes se heurte tel village. On peut presque dire qu’on connaît tous les villageois de visage ! Parfois, ce sont même les autorités locales qui font appel à nous pour collecter des informations sur les localités les plus reculées. Avec l’équipe, nous faisons en sorte de mettre les problèmes sur la table, d’en débattre ensemble et de trouver une solution, toujours en accord avec notre di rection. Je tiens aussi à rappeler le rôle des donateurs dans nos actions, de nos compatriotes qui font beaucoup d’efforts en diaspora pour pouvoir aider les gens ici. Leur générosité nous fait chaud au cœur et il faut savoir que c’est cette chaleur qui garde ces gens dans les villages frontaliers : ils sentent qu’ils ne sont pas seuls. Ça leur donne la force de cultiver ces champs de pierres et d’en faire des jardins fertiles.

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