Depuis 2009, le département des Hauts-de-Seine est engagé aux côtés de la province du Tavush. Vous venez aujourd’hui de renouveler pour la 4e fois cette coopération. Quelles évolutions constatez-vous ?
Marie-Laure Godin : Au fi l de mes visites, je constate des progrès nets et structurés. Ce qui n’était qu’ébauche a trouvé son rythme, de vrais acquis permettant d’avancer dans la suite des programmes : développement des cultures fruitières et maraîchères, hausse significative des plants distribués, formation des agriculteurs ; la qualité de la production est au rendez-vous de la quantité, c'est essentiel. À la ferme de Lusadzor, le cheptel bovin s'est équilibré. Le Tavush, que nous accompagnerons aussi dans son projet d’agritourisme, voit ses jeunes reprendre espoir, grâce notamment au travail du lycée Patrick Devedjian. Les projets gagnent en précision, nos partenaires sont mieux connus, la population voit le bénéfice de ce qui est fait, elle s’implique davantage ; le résultat des actions entreprises n'en est que meilleur.
Le département est investi en coopération avec d'autres régions de par le monde. Comment se distingue le projet arménien ?
M-L. G. : Le département mène effectivement des actions de coopération avec quatre pays. Ici, donc, en Arménie, au Cambodge, au Bénin et en Haïti. Le fil conducteur de tous nos programmes est d’assurer la sécurité alimentaire et l’autonomie des plus vulnérables, adaptés à chaque contexte. En Arménie, nous avons commencé par l’élevage, le lait et la production de fromages. En Haïti, nous soutenons les cultures maraîchères et les formations à l’élevage de volailles, entre autres.
Chaque programme reçoit 500 000 € par an, soit un budget total de 2 millions d’euros pour la coopération décentralisée du département. En cas de besoin exceptionnel — catastrophe naturelle, urgence — nous restons prêts à renforcer notre soutien.
Ici, en Arménie, de quel programme êtes-vous la plus fière ?
M-L. G. : Je ne dirais pas que je suis plus fi ère d’un projet que d’un autre, mais ce qui se fait à la ferme ici, en Arménie, est remarquable. Elle devient à la fois ferme-modèle et ferme-école, accueillant de nombreux jeunes en stage. J’ai été impressionnée par les installations, notamment pour l’apprentissage de la mécanique agricole. L’an dernier, j’ai aussi été touchée de voir des personnes très modestes, souvent des femmes, formées pour tirer le meilleur de leur petit lopin de terre grâce aux plants distribués. Elles s’investissent énormément, et les résultats sont là : leurs conditions de vie s’améliorent. Cela dit, chaque euro compte : cet argent vient des Altoséquanais, nous leur devons des comptes. D’où la nécessité d’un programme structuré.
Le développement de l’agritourisme est l’un des axes évoqués : s’agit-il d’un projet inscrit dans le long terme ?
M-L. G. : C’est un nouveau volet de notre coopération. Le développement du tourisme est une priorité pour le gouvernement arménien, et la belle province du Tavush s’y prête bien. Le principal
obstacle reste le manque d’infrastructures. L’idée est d’identifier des fermes dont les propriétaires souhaitent s’investir et disposent déjà, ou peuvent adapter, une structure d’accueil conforme aux normes minimales d’hygiène et d’hospitalité.
Avant d’attirer les touristes ou d’imaginer des circuits, il faut commencer par former ces hôtes à leurs futures activités. En coopération, développer uniquement des projets à court terme n’aurait
pas de sens. C’est pourquoi le département des Hauts-de-Seine est engagé en Arménie depuis des années. Patrick Devedjian d’abord, puis Georges Siffredi, ont toujours su qu’il fallait du temps pour
que les choses fonctionnent.
Car au-delà du financement, la formation est essentielle. Un programme de deux ou trois ans, aussi bien financé soit-il, s’épuise vite si personne ne le soutient ensuite. Alors que sur la durée, année après année — et peut-être même décennie après décennie —, on peut construire du solide et du durable.
