La confiance dans la durée
Le 31 mai dernier, dans les salons de l’hôtel Armenia-Marriott d'Erevan, Marie-Laure Godin, vice-présidente du Conseil départemental des Hauts de-Seine (CD92), et Hayk Ghalumyan, gouverneur du Tavush, ont reconduit la convention de coopération décentralisée entre leurs deux territoires. Un partenariat engagé depuis 17 ans, au service du développement des populations rurales et frontalières d'Arménie.
La signature de la nouvelle convention s’est tenue en présence de Florence Provendier, coordinatrice des coopérations franco-arméniennes au Quai d'Orsay, et d'Olivier Decottignies, ambassadeur de France en Arménie, venus témoigner du soutien des autorités françaises à cette coopération. Elle marque également une nouvelle étape dans la relation étroite nouée en 2008 entre le Tavush et les Hauts-de-Seine, sous l'impulsion de son président de l'époque, Patrick Devedjian et poursuivie par son successeur, Georges Siffredi.
Frontalière de l’Azerbaïdjan, la province du Tavush, au nord-est de l'Arménie, compte parmi les régions les plus rurales et les plus vulnérables du pays. Le soutien du département francilien s'est naturellement porté vers le développement des filières agricoles. Dès 2009, un programme de développement agropastoral est lancé, piloté par le Fonds Arménien de France. Trois ans plus tard, la coopération est formalisée par une première convention, régulièrement renouvelée depuis, jusqu'à la signature de ce nouveau document.
Un comité de pilotage réunissant les parties prenantes a précédé la cérémonie protocolaire. Les deux responsables territoriaux étaient accompagnés de leur responsable de coopération internationale, respectivement Charlotte Rieuf pour les Hauts-de-Seine et Gurgen Harutyunyan pour le Tavush, aux côtés de Narek Ghushchyan, vice-gouverneur de la province. Le Fonds Arménien de France était représenté par son président, Bédros Terzian, Michel Pazoumian, délégué aux projets de développement agricole, Souren Kévorkian, directeur du Fonds et d’HimnaTavush, et Asmik Kévorkian, coordinatrice des projets pour HimnaTavush. L'assemblée a ainsi pu dresser le bilan des actions engagées et définir les nouvelles orientations.
UN PARTENARIAT DE TERRAIN AUX RÉSULTATS CONCRETS
Depuis seize ans, près de 9 millions d’euros ont été investis, transformant les infrastructures agricoles et les conditions de vie de milliers de familles rurales dans le Tavush. Au cœur du dispositif, la ferme de référence de Lusadzor, créée au tout début de cette coopération, constitue aujourd’hui une véritable vitrine de la modernisation agricole en Arménie. 215 bovins de races Simmental et Jersiaise y produisent quotidiennement 1500 litres de lait transformés sur place en fromages, ensuite commercialisés dans les supermarchés de la capitale et à l’export. Autour de cette exploitation modèle, un réseau coopératif de sept mini-fermes a été créé dans les villages, consolidant ainsi la filière laitière locale. Vingt-cinq kilomètres de canaux d’irrigation ont par ailleurs été construits ou rénovés et depuis 2016, 12 000 familles de 52 villages ont reçu 240 000 plants d’arbres fruitiers et 4,8 millions de semences de légumes. Ce soutien à la diversification des productions leur a permis de générer de nouveaux revenus et de consolider leur ancrage sur le territoire. La formation des jeunes générations est un autre pilier du programme. En 2022, le lycée
professionnel Patrick Devedjian du Tavush a ouvert un cursus en zootechnie et productions végétales, reconnu par le ministère arménien de l’Éducation. Chaque année, une cinquantaine d'élèves y suivent un enseignement théorique et pratique encadré par des experts franco-arméniens, avec des expérimentations innovantes, notamment en culture de fourrage hydroponique.

FORMER, ACCUEILLIR, INNOVER : ANCRER L’AVENIR DU TAVUSH
Le nouveau plan d’action 2025-2029, maintient l’ensemble de ces orientations historiques : 60 000 plants d’arbres et un million de semis de légumes seront distribués cette année et 150 agriculteurs supplémentaires suivront les formations dispensées par l’Université agraire d’État d'Arménie. Cette convention intervient cependant dans un contexte profondément marqué par l’offensive militaire azerbaïdjanaise de 2023 et l’exode de la population arménienne d'Artsakh : près de 3 000 personnes, dont 700 enfants, ont trouvé refuge dans la province. Leur intégration dans la vie économique et sociale est devenue un axe transversal de l’ensemble des actions de coopération.
Le programme intègre aussi un nouveau chantier stratégique : le développement de l’agritourisme. Sur la base d’un diagnostic réalisé en 2024, une dizaine de familles bénéficieront d’une formation spécifique pour accueillir du public, développer la vente directe, proposer de l’hébergement et valoriser le patrimoine bâti. L’objectif est de diversifier les revenus, de créer de nouvelles
dynamiques économiques et d’emploi.
« Ce partenariat illustre ce que la coopération décentralisée peut offrir de meilleur : une action concrète, équilibrée, construite dans la durée, au plus près des réalités locales », a souligné Marie-Laure Godin lors de la cérémonie. « C’est une véritable relation de confiance, de coresponsabilité et de proximité humaine qui s’est construite au fil des années entre nos deux territoires », a répondu pour sa part le gouverneur du Tavush, Hayk Ghalumyan.
